Motivation : les 4 ingrédients indispensables

Pendant les vacances j’ai eu l’occasion d’observer un truc extraordinaire : mes enfants se disputer un balai pour balayer la cour de la maison de vacances jonchée d’aiguilles de pin qui étaient tombées durant la tempête.

Tout est parti du grand-père qui a demandé à l’aîné de l’aider à nettoyer le jardin. L’ordre logique des choses aurait du être la suivante : il aurait ronchonné, comme à son habitude : « Pourquoi on doit faire ca ? Et pourquoi MOI d’ailleurs ? » « On est en vacances, on ne doit pas travailler » « et d’abord, ca sert à rien parce que le vent va les ramener »… Bref, tous les arguments classiques qu’ils nous sortent pour échapper à une tâche qui les ennuie…

A ma grande surprise, ce n’est pas ce qui s’est passé. Quand je suis arrivée, les TROIS enfants étaient en plein travail. Et même en train de se disputer le balai « Passe le moi, c’est à moi », « non, tu as déjà fait, c’est à moi ! ». Ca alors !

J’ai donc mené une enquête. Que s’était-il donc passé ? Mon aîné m’a fait le récit de l’histoire. Et ce que j’ai appris m’a bien surprise.

Mon aîné : –Papychou (NDLR : c’est le surnom du grand-père) m’a demandé de nettoyer les aiguilles, et je l’ai fait.

moi : –Mais qu’est-ce qui t’a poussé à le faire, cette fois-ci ?

Mon aîné –franchement, je n’en sais rien. Je crois que j’avais envie d’être gentil. Que vous m’avez souvent dit que je n’aidais jamais. Et, là, j’avais envie d’aider. Mon frère est arrivé. Et a commencé à se moquer de moi : « ouh, le travailleur! ». Je lui ai rétorqué : »Oui, mais moi, j’aide. Et d’ailleurs, la dernière fois, j’avais été rémunéré quand j’ai aidé. Il s’est précipité pour aller chercher un balai et a commencé à jouer avec, en faisant semblant de balayer, mais en fait il ne faisait rien. Je suis passé à côté de lui, et je lui ai dit qu’avec mon outil, moi, je travaillais plus dur que lui. J’aidais vraiment, moi ! Il a tout de suite eu envie de prendre mon outil et de travailler plus fort. Et il s’est mis à travailler beaucoup plus sérieusement. A ce moment-là, notre soeur est arrivée. Elle a vu qu’on rigolait en travaillant. Et elle a voulu, elle aussi le faire. »

Ca a-lors ! Rien n’a été promis, aucune récompense, aucun privilège. Balayer la cour fait partie des « travaux » qu’ils jugent parmi les plus ennuyeux du monde. D’ailleurs, ils ne l’ont jamais fait jusque-la. Et là, ils s’y sont mis.

Et le plus drôle… c’est que ca me donnait envie à moi aussi de m’y mettre ! Leur énergie joyeuse était communicative.

En étudiant ce phénomène, je me suis rendue compte que tout est parti d’une simple idée « j’avais envie d’aider« . Quelle puissance de la motivation intrinsèque ! Nous n’aurions jamais eu ce résultat (efficacité, travail bien fait et bonne humeur en prime) si nous leur avions demandé de faire le travail en leur promettant une récompense. Ils auraient négocié la récompense, essayé de bâcler pour faire le plus vite possible, ronchonné sur la durée de la tâche… « c’est bon, là, on peut avoir notre récompense ? »

La motivation intrinsèque

Depuis Maslow, le père de la psychologie humaniste, nous avons pourtant appris que le plaisir au travail est une condition essentielle pour motiver le travailleur intellectuel. C’est le concept de motivation intrinsèque. Elle se définit par la poursuite d’une activité pour la satisfaction interne que l’on tire de l’activité elle-même, plutôt qu’une conséquence séparée. C’est le plaisir même de la tâche à accomplir qui fait agir, et non la récompense ou l’effet d’une menace externe. Cela ne veut pas dire qu’on ne cherche pas de récompense pour la tâche. Mais simplement que ce n’est pas une condition suffisante.

La motivation intrinsèque repose sur 4 piliers

L’autonomie

C’est le besoin le plus important à satisfaire. L’autonomie, c’est le sentiment d’être vraiment à l’origine de ses propres actions. Cela ne signifie pas forcément l’absence d’une autorité ou ne pas avoir d’objectifs ni de compte à rendre. C’est pouvoir décider de la façon la plus adéquate d’atteindre ses objectifs, dans le respect de ses besoins, de ses préférences, de son mode de fonctionnement…

Si on analyse cette composante sans mon histoire, c’est flagrant : mon aîné m’a bien précisé : « Papychou me l’a juste demandé, il ne m’a rien imposé. C’est moi qui ai choisi. » C’est d’ailleurs un point qu’il a tenu à me dire et me répéter. De la même manière, aucun des deux autres n’a été contraint en quoi que ce soit de prendre le balai…

La maîtrise

C’est le sentiment d’efficacité sur son environnement.

Lorsque le besoin d’autonomie est satisfait, la personne va s’engager dans ce qu’elle fait. Elle va vite avoir envie de maîtriser son domaine de compétence pour améliorer son travail. Et en améliorant ses compétences, elle améliore également son plaisir. Connaissez-vous cette sensation qu’on appelle le « flow » ? Lorsqu’on est tellement absorbé par une tâche qui vous passionne qu’on en oublie le temps qui passe ? C’est ce qui se passe lorsque ce que nous faisons correspond étroitement à ce que nous savons faire : le corps et l’esprit agissent ensemble de telle manière que même l’effort devient un vrai délice. Pour parvenir au flow, on a besoin d’objectifs clairs, de feedback immédiat, et de trouver le dosage parfait entre compétences et difficultés de l’activité : ni trop élevé de sorte que la réussite semble impossible, ni trop faible au risque de créer l’ennui.

Un autre facteur joue : c’est notre vision de nous-même et de nos capacités. Si on considère que notre capacités sont données, on aura tendance à se fixer des objectifs modestes, faciles à atteindre, afin d’éviter l’échec puisqu’on considère qu’on n’est pas en mesure de progresser pour aller plus haut.

Si on considère, au contraire, qu’on peut se développer, on n’hésitera pas à se fixer des défis, on porte un regard positif sur l’effort qui est l’occasion d’apprendre. Surtout, on se donne beaucoup plus de chances d’atteindre un niveau élevé de maîtrise.

Si on analyse cette composante dans mon histoire, le niveau de compétence requis n’était pas trop compliqué pour chacun. Mais, ils ont cherché des techniques pour être plus performants, déplacer plus rapidement les aiguilles.

La finalité

Le sens est un moteur puissant de motivation. La quête de sens au travail semble d’ailleurs supplanter les critères financiers. Si on souhaite nourrir sa motivation durablement, on a donc tout intérêt à se choisir soigneusement ses objectifs.

Si on analyse cette composante dans mon histoire, on retrouve la notion de « sens » à l’origine de la coopération. Mon aîné voulait « aider » ses grands-parents. Sans cette envie, rien n’aurait été possible.

Le besoin de lien

Nous sommes avant tout des êtres sociaux et avons besoin d’être relié à autrui, et de partager des sentiments de sympathie et d’empathie. Nous avons besoin de partager des choses avec d’autres, se ligue derrière une mission, on a des principes et des valeurs que l’on cherche à atteindre ensemble. On a aussi besoin de croire que d’autres personnes ont de la reconnaissance, de l’attachement et de l’affection pour soi permet de satisfaire ce besoin.

Les jeux vidéo l’ont bien compris. Quasiment tous les titres les plus célèbres intègrent une option multijoueur où l’on se regroupe dans des guildes ou des clans.

La notion de lien social est également très clair dans mon histoire. Je me demande combien de temps mon aîné aurait tenu s’il n’avait pas eu la complicité de son frère et puis de sa soeur… Même avec l’envie d’aider…

Je ne résiste pas au plaisir de vous partager cette vidéo de Dan Pink, auteur de « La vérité sur ce qui nous motive« . Il démontre scientifiquement que la méthode du baton et de la carotte ne marche pas bien, et même plus du tout dans notre société moderne. C’est passionnant !

Commentaires

3 comments on “Motivation : les 4 ingrédients indispensables”
  1. Gaston Bilder dit :

    Merci Valerie pour cet article. Teresa Amabile (HBR) a ecrit aussi sur cet sujet.

    Aimé par 1 personne

    1. Valérie dit :

      Merci pour la référence : je ne connaissais pas Teresa Amabile !

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  2. Solenne dit :

    Merci pour cet article et la référence TedX, c’est très intéressant!

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