L’atelier des lumières : quand les émotions font aimer l’art

On peut entrer dans l’art par la technique, par l’histoire, par l‘économie… Mais finalement, rien n’est plus universel ou plus logique que d’entrer dans l’art par … l’émotion. Connaissez-vous l’atelier des lumières à Paris ? Un lieu magique qui propose, tous les 6 mois, de découvrir l’oeuvre d’un grand artiste peintre en « entrant dans ses toiles ». Après Klimt, Van Gogh. 

Vivre une expérience

L’expérience commence dès l’entrée. Le visiteur est accueilli dans un lieu surprenant qui tient plus du hangar désaffecté que d’un lieu d’exposition. Ici point de jolie entrée « léchée ». On entre dans un ancien bâtiment industriel – une fonderie de fer du 19e siècle – aux murs et au sol bruts. Dès l’entrée, notre esprit s’active : le décalage entre le lieu et le thème (Van Gogh) met nos sens aux aguets : que va-t-on découvrir ? Dès cette entrée, nous sommes, malgré nous, déjà passés dans un mode « découverte ». 

Devant nous, une grande porte par laquelle des personnes entrent et sortent. On ouvre la porte. On passe un sas – version XXL des sas des salles de cinéma – qui nous déconnecte encore plus. Puis nous franchissons la deuxième porte et on entre dans LE lieu. Une « usine » vidée de ses machines dont il ne reste que les murs. Lieu démesuré : 2000 m2, des murs de 10 mètres de haut… On reconnait la toiture en zigzag des anciennes usines. Puis tout s’éteint. La musique se lance. Sur les murs et sur le sol apparaissent des tâches de peinture, se dessinent des traits, des paysages, des champs… On est un peu désorientés, on ne sait plus ou regarder. Devant nous, derrière nous, sous nous ? S’asseoir, marcher, toucher les images ? Les images dansent tout autour de nous, nous entrainent dans un tourbillon. Des bouts de toiles de Van Gogh apparaissent comme si elles étaient peintes sous nos yeux. Les réalisateurs ont réussi à isoler chaque coup de pinceau, et les anime indépendamment, pour donner vie aux tableaux. Les portraits regardent à droite et à gauche, les bateaux avancent sur une mer démontée de peinture à l’huile, les coquelicots se balancent, les soleils pétillent, les champs ondoient, les cyprès se tordent sous le vent… Des mélanges subtils sont opérés entre les tableaux de Van Gogh et de véritables vidéos, comme la fumée incrustée au-dessus de la pipe d’un des personnages, ou encore l’eau d’un canal qui reflète les lumières de la ville peinte. C’est étrange, surprenant, psychédélique. On entre dans les toiles, elles se mettent à vivre, au gré de la musique. On a l’impression de regarder le monde à travers les yeux de Vincent Van Gogh. Une expérience qui se vit de plusieurs manières selon le lieu ou l’on se trouve  au sol, sur la mezzanine, dans une des « boites » posées ca et la dans la pièce. C’est même intéressant de le faire deux fois, une fois en bas, une fois en haut. L’expérience est totalement différente.

C’est une expérience surprenante pour les adultes, car c’est une expérience de lâcher prise. Pour les enfants, qui sont dans l’émotion brute, c’est naturel.

En sortant de là, on ne regarde plus ses toiles de la même manière. On y a découvert combien elles étaient vivantes. On y a découvert des détails passionnants qu’on n’aurait jamais vu avant. Et surtout, on a hâte d’en apprendre plus. 

Créer de l’art avec l’art

Les musées en France abordent trop souvent l’art par la réflexion intellectuelle. Les tableaux sont accrochés aux murs, et, de loin en loin, on peut lire des informations sur la période, les techniques employées, l’artiste… Les dimensions scientifique et ludique sont trop souvent opposées en France quand à Londres, le Victoria and Albert Museum de Londres projette des scènes du Titanic de James Cameron dans sa dernière exposition sur les paquebots, et le Musée des Beaux-Arts de Montréal exporte dans le monde entier sa rétrospective des costumes de Jean-Paul Gautier avec ses mannequins animés d’hologrammes.

La technologie permet de revisiter les oeuvres, leur donner un nouveau relief. D’abord grâce aux visites 2.0 (visites avec des écouteurs et un guide virtuel, guides en réalité augmentée…). Ici, cela va plus loin. Le numérique « devient un formidable vecteur de diffusion, capable de créer des passerelles entre les époques, de faire vibrer les pratiques artistiques entre elles, d’amplifier les émotions, de toucher le plus grand nombre », selon Bruno Monnier, le directeur de Culturespaces, dans le site sortir a paris. « Notre point de vue, c’est qu’une image, une expérience artistique visuelle, combinée à de la musique, va créer chez le spectateur une émotion particulière, qu’il n’aurait pas forcément eu en contemplant simplement l’œuvre », renchérit Michael Couzigou, le directeur du lieu. 

« En une ou deux générations, on est passé du Cinémascope à la télé, et maintenant tout le monde est devant son smartphone, analyse le concepteur de l’exposition, Gianfranco Iannuzzi, dans une interview du Parisien. Le monde ne cesse de rétrécir. Nous, on fait exploser l’image dans l’espace, on casse la relation entre public et écran. Les images arrivent de partout. L’art immersif, c’est un nouveau média, un peu comme quand le cinéma est arrivé. »

Créer de la surprise, jouer avec les tableaux : voilà une manière plaisante de découvrir des chefs d’oeuvre et de donner envie de s’y intéresser. Cela crée une véritable connivence entre le spectateur et l’oeuvre de départ. Voici quelques autres approches rigolotes :

Aller plus loin : créer un parcours découverte 

En sortant de l’atelier des lumières, je me suis dit qu’il serait génial de pouvoir approfondir cette découverte insolite de Van Gogh, au-delà des classiques expos, livres ou visite de ses différentes maisons. Voici quelques idées pour se construire, autour de cette exposition, un véritable parcours de découverte immersive de Van Gogh :

  • Faire un escape game à Bordeaux ou vous pourrez entrer dans la fameuse chambre de Van Gogh à Arles, vous asseoir sur le lit, fouiller à la recherche d’indices. Testé et approuvé. On rentre dans plusieurs tableaux connus. Qui sont maintenant gravés dans la mémoire des enfants 🙂
  • Se lancer dans une chasse au trésor à Auvers sur Oise, sa dernière résidence : le géocaching, vous connaissez ? Le but est de trouver un trésor ou « une cache », grâce aux coordonnées GPS obtenues en répondant à des questions. La quête débute dans le parc. À chaque étape, une énigme à résoudre débloque un indice à reporter à la fin de son questionnaire pour révéler les coordonnées GPS du lieu où se trouve la cachette. De l’Auberge Ravoux à la maison-atelier de Daubigny en passant par les champs et la Sente des Calpons, l’histoire se dévoile autrement avec ce jeu dynamique et entraînant.
  • S’intéresser au mystère de la mort de Van Gogh à travers un film d’animation incroyable, réalisé à partir de ses tableaux mis en mouvement. Un chef d’oeuvre à lui tout seul. Regardez plutôt ce making off : 

Une fois ce « road-trip » achevé, vous et vos enfants serez capables d’apprécier cette émission plus experte sur Van Gogh :

S’y rendre : « Van Gogh, la nuit étoilée », à l’Atelier des Lumières, 38, rue Saint-Maur (Paris 11e). Jusqu’au 31 décembre. De 10 heures à 18 heures tous les jours, 22 heures vendredi et samedi, 19 heures dimanche. Tarifs : 9,50-14,50€. Réservation conseillée.

Les coulisses de ce super projet

  • Le matériel utilisé est démesuré : 140 vidéoprojecteurs, 50 hauts parleurs sur les murs et des caissons de basse sur le sol qui peuvent être pilotés enceinte par enceinte et diriger le son d’un endroit à l’autre, le faire tourner dans la salle, reproduire une sensation de vent…
  • La technique a été mise au point d’abord aux Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône) : dans une ancienne carrière : les « Carrières de lumière« .
  • 3 personnes aux manettes : Gianfranco Iannuzzi est concepteur, Renato Gatto metteur en scène, Massimiliano Siccardi vidéaste. Très demandé, le trio travaille à Leipzig en Allemagne, en Corée du Sud, et bientôt dans la base sous-marine de Bordeaux (Gironde).
  • Tout est travaillé pour un lieu précis.

Suivez la visite privée du lieu filmée par Le Parisien avec Gianfranco Iannuzzi, le concepteur de l’exposition :

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