Interview de Florence Servan-Schreiber, professeure de bonheur

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Florence Servan-Schreiber. Florence exerce un métier génial : elle est « professeure de bonheur ». Pionnière en France de la psychologie positive, elle a écrit de nombreux livres de développement personnel comme les best-seller « 3 kifs par jour » ou encore « Power Patate« .

En janvier, je me suis inscrite à son dernier challenge en date : Bloom, « l’atelier d’écriture pour se faire du bien ». Un atelier de quatre mois, en ligne. Quatre mois durant lesquels elle nous enseigne les liens entre écriture et bonheur, et nous fait expérimenter des exercices validés par la recherche en psychologie positive qui permettent de clarifier ses idées, de mieux se connaître, de vivre plus grand, plus fort et plus joyeux. Un voyage digital absolument génial qui m’a encore plus convaincue (s’il en était besoin) qu’il existait des outils importants à connaître et à faire connaître à nos enfants pour les mettre sur le chemin du bonheur. Florence a accepté de répondre à mes questions. Nous avons parlé de plaisir d’apprendre, d’esprit critique, de résilience, des frites de la cantine, de pouvoirs, de kifs

Le bonheur

– Bonjour Florence Servan-Schreiber, vous êtes professeure de bonheur. Pouvez-vous définir ce que vous faites ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : J’explore les conclusions des recherches en psychologie positive, puis je réfléchis aux comportements ou actions qu’elles peuvent nous permettre d’adopter. Je choisis alors comment les communiquer et je me mets au travail en écrivant des livres et des articles, en donnant des conférences, en animant des ateliers ou en jouant au théâtre.

– Sommes-nous inégaux devant le bonheur : y a-t-il des prédispositions ou des conditions extérieures qui conduisent au bonheur plus que d’autres ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Nous sommes inégaux devant à peu près tout, si ce n’est de partager la même météo. Et encore là, certains aiment la pluie alors que d’autres la fuient. Et oui, le bonheur est subjectif, une fois que nos besoins de base sont satisfaits. On sait cependant que notre capacité à éprouver du bonheur est conditionnée à 50 % par la génétique, à 10% par les circonstances extérieures, et à 40 % par l’interprétation que nous faisons des évènements de nos vies.

– Eprouver du plaisir dans la vie : cela s’apprend-il ? Par exemple, peut on faire naitre du plaisir pour une matière qu’on n’aime pas ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Le plaisir à l’école est souvent relationnel. Il suffit parfois d’un interlocuteur avec lequel on accroche pour faire naître de l’intérêt.

– L’esprit critique, dont nous sommes si fiers en France, empêche, par définition, d’être satisfait. Faut-il l’enseigner ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : L’esprit critique est un bocal dans lequel nous baignons tous, en France. Il peut empêcher d’être satisfait, mais apporte aussi des contrastes qui nous permettent de ressentir le meilleur, lorsqu’il se présente. Et avouons-le, il est à la source de beaucoup de situations humoristiques. Apprivoisons-le.

– Vous avez dit une fois que « le bonheur est fait de 3 choses : le sens, le plaisir et l’engagement. » Comment intégrer cela dans les apprentissages ? 

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : En s’assurant que les 3 sont réunis. Car on peut retrouver du plaisir lorsqu’on redonne du sens à ce que l’on apprend. Combien de fois s’est on vu dire à l’école qu’on apprend quelque chose parce que c’est au programme. Une matière au programme n’a pas de signification pour un enfant. Savoir ou mieux encore, sentir à quoi un apprentissage va servir change tout.

Développement personnel

– Vous dites que la psychologie positive est un ensemble de connaissances que nous sommes libres d’appliquer à notre vie, une fois que nous en avons pris connaissance. Vous apprenez ces outils aux adultes. C’est forcément plus compliqué quand on a pris des « mauvais plis ». C’est un peu comme mettre un tuteur à un vieil arbre. Pourquoi ne pas plutôt l’apprendre aux enfants et ainsi les aider à pousser dans « le bon sens » ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Il n’y a pas de mauvais pli, il y a juste la vie. Je ne suis pas pour l’idée de gommer toutes les difficultés pour éviter à nos enfants de souffrir. Le monde est chaotique et des solutions sont nécessaires pour y faire face. Or on ne porte pas une arme sur soi en permanence. On la recherche si on est acculé. Ne prévenons pas tout, laissons leur aussi les victoire et l’autonomie de la résilience car ils en auront besoin de retrouver leur puissance, comme nous nous efforçons de le faire. Nous sommes tous des arbres.

– Dans votre livre, Power Patate, vous insistez sur la variété des personnalités et des super pouvoirs. Vous conseillez d’ailleurs un site sur lequel faire un test pour découvrir son propre trousseau de clés des 5 forces de base qui nous caractérisent. A partir de quel âge ce test est-il pertinent ? 

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : 15 ans. Il en existe une version pour ados, en Anglais. 

– D’après vous, nous sommes tous des super-héros, et vous suggérez même de choisir notre nom et notre tenue : faut-il le faire dès l’enfance ou bien est-ce enfermer son enfant sous une étiquette ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : C’est formidable, on se reproche à la fois de ne pas savoir soutenir nos enfants, et quelques lignes plus bas de les enfermer si on les aide à se définir. Preuve en est que l’éducation est peut-être la pratique la plus explosive qui soit. C’est difficile de savoir ce qu’il vaut mieux faire. Je ne suis pour un encensement des qualités à outrance. Juste un peu d’objectivité en tant que parent, qui permette de mettre ses propres inquiétudes de côté, pour souligner les qualités et différences de nos enfants. Et nous allons chacun faire de notre mieux. Advienne que pourra. 

L’école

– Peu d’enfants disent aimer l’école. C’est dommage de commencer sa vie en ayant pris l’habitude de ne pas être heureux. Qu’en pense la professeure de bonheur ? 

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : En effet, quand on fait le tour du monde, ça n’est pas le cas partout. Mais là aussi, tous les enfants ne détestent pas l’école. Il y a souvent quelque chose qu’ils y aiment, même si ça n’est pas l’enseignement. Les frites de la cantine peuvent être un rendez-vous attendu.

– Comment apprendre chacun à apprivoiser ses différences, à aimer être soi et ne pas désirer ressembler à son voisin ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Déjà en l’incarnant soi-même en tant que parent ou enseignant. 

– Vous avez dit que votre passion était de faire le maximum de « courtes échelles » aux gens, d’aider le maximum de personnes à progresser, à avancer dans la vie. J’ai trouvé cela génial. L’école, apprend plus la compétition que la coopération. Recopier, par exemple, c’est tricher. Comment pourrait-on apprendre aux enfants ces notions si importantes de coopération, partage, plaisir d’être ensemble ? 

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : En cessant de les noter pour les classer plutôt que de les noter pour les encourager et en les faisant travailler bien plus ensemble. 

Les parents

– Je me rappelle une anecdote que vous citez dans Power Patate : plusieurs personnes vous avaient indiqué que la meilleure manière d’écrire un livre était d’écrire à horaire fixe … et vous vous étiez aperçue que ce conseil, in fine, ne convenait pas à votre personnalité. Comment donner des conseils pertinents à ses enfants ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Comme le reste, en se trompant.

– Vaut-il mieux travailler ce qui est déjà bon chez l’enfant pour le rendre excellent ou bien améliorer les faiblesses ? Par exemple, lorsqu’on choisit une activité extra scolaire, vaut-il mieux choisir une activité qui va le faire travailler sur un point moins développé chez lui ? Ou au contraire le perfectionner l’une de ses forces ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Une alternance, jusqu’à ce qu’il soit en mesure d’énoncer ses préférences. 

– En lisant plusieurs de vos livres, j’ai été frappée du nombre de conseils qui s’appuient sur des compétences innées chez les tout petits (jouer à faire « comme si », rire, retrouver son intuition, imaginer ce qu’un enfant de 7 ans ferait) : que faire pour conserver intacte cette intuition, ce rire, sa créativité ? Est-ce une fatalité de les perdre à l’adolescence ? Que doit faire un parent ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Bien sûr, la vie nous cadre, c’est tout le propos de grandir. Mais on poiurra faire ses propres choix si cela nous manque. Le parent peut surtout ne pas s’impatienter que son enfant en soit encore un et ne pas condamner ces comportements en espérant qu’il murisse plus vite. L’enfant aura bien le temps de le faire. 

– Vous parlez de cette petite voix que nous avons dans la tête et qui joue souvent les rabat-joie. Celle qui nous rappelle ce qu’on ne sait pas faire, ce pour quoi on est nul. Adulte, cette petite voix s’est installée et a pris ses aises. Elle a notamment été nourrie de tout ce qu’on a entendu de ses parents, de ses professeurs. Comment peut-on éviter qu’elle s’installe; ou mieux encore, comment créer une petite voix positive chez nos enfants ? 

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Je ne pense pas qu’il existe de vie sans doute. Chuchotez du positif à votre enfant quand il dort 😉

– Vous suggérez de valoriser l’effort, plutôt que de féliciter les enfants. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Pour lui donner du pouvoir. Dire à un enfant qu’il est « bon » en math ne lui donne aucun mérite. Lui dire que son effort a payé, si. 

– Vous conseillez souvent de s’appuyer sur des rituels pour mettre en place de nouveaux comportements, plus facile que de compter sur la simple volonté. Ce serait finalement encore plus facile de les mettre en place dès l’enfance, un peu comme le rituel des dents, le soir. Quels rituels suggérez-vous de mettre en place chez nos enfants ? (Ex : méditer, écrire, kifs, …)

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Compter les kifs en famille. 

– J’ai lu dans une interview que vous aviez donnée sur un site dédiée aux futures mamans que vous conseilliez aux maman de ne pas se mettre la pression. Vous dites même avoir été frappée que ce que vos enfants considèrent aujourd’hui comme ce que vous leur avez transmis, c’est tout ce que vous ne leur avez pas transmis intentionnellement. Quel conseil donneriez-vous aux parents ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Et bien de ne pas se mettre la pression. La transmission se fera que nous la contrôlions ou non. Mais on peut y mettre du cœur, et beaucoup, même.

En bref…

– Y a t il des outils ou des conseils que vous auriez aimé connaître quand vous étiez petite ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Non, j’ai moyennement aimé être enfant et encore moins adolescente.  Je préfère donc tellement être adulte et suis heureuse que les choses se passent dans cet ordre-là. Ainsi, je ne regrette rien du passé et valorise le présent. On doit faire ses expériences. 

– Dans votre boite à outils, quels seraient les outils les plus utiles à apprendre dès l’enfance ou l’adolescence ?

FLORENCE SERVAN-SCHREIBER : Le mindmapping a l’air de rendre de grands service à certains enfants comme alternative à compter exclusivement sur sa mémoire. J’aurais aimé l’apprendre plus tôt.

Merci Florence pour ces réponses inspirantes.😍🤩🤩

Pour en savoir plus sur Florence Servan-Schreiber :

1/ toute son actualité, ses formations sur son site internet : https://www.florenceservanschreiber.com

et sa chaine youtube https://www.youtube.com/channel/UCRlrXfT0V5Soun5xzIUxZUg

2/ mes livres préférés :

3/ quelques podcasts ou émissions inspirantes de Florence Servan-Schreiber

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