Réflexions et analyses

Dire « oui, mais » révèle notre peur de changer

Lorsqu’on dit “oui, mais,” on se trouve à un embranchement entre sa zone de confort, et l’aventure.

Je ne pensais jamais aller au bureau en vélo sans changer de maison ou de bureau.

Comme je l’ai raconté dans ce post, ca me paraissait

  • trop long (vous le feriez, vous, 12 km aller, 12 km retour ?),
  • trop fatiguant (les pentes sont trop pentues ⛰🥵),
  • et bien trop dangereux (vous imaginez, toutes ces voitures, je vais me faire renverser ! 🚗🚙).

J’étais fermement convaincue que jamais je ne le ferais.

Convaincue au point que ca me paraissait même inutile d’essayer.

Donc, à chaque fois que quelqu’un m’expliquait que lui ou elle allait au bureau à vélo, je rétorquais, sûre de moi :

“oui, mais moi je ne peux pas. Toi,

  • Proposition A : tu es en ville (sous-entendu : moi, je dois traverser la campagne et plusieurs villes)
  • Proposition B : tu as un vélo électrique (pas moi)
  • Proposition C : tu as une piste cyclable (près de chez moi, il n’y en a pas. Mais c’est normal, cf la proposition A))
  • Proposition D : tu es sportif (pas moi !)

(barrer la ou les mention(s) inutile(s) 🤪).

Et finalement, je l’ai fait.

Et même pas qu’une fois. 😅

Ca ne veut pas dire que je vais le faire tous les jours.

Ca m’a simplement démontré que c’était possible.

Ce fut un premier déclic : tout ce dont je suis convaincue n’est pas toujours juste.

(bon, ca fiche un de ces coups à l’ego😅)

La discussion qui ouvre les yeux

Puis, il y a eu une autre conversation cette semaine qui m’a questionnée sur mon ouverture au changement.

Je discutais avec ma collègue Aude.

Il faut vous dire qu’on a ensemble des discussions passionnantes sur les leviers du changement de comportement.

C’est normal, notre travail – entre autre – c’est de produire des formations pour aider les gens à changer.

Notre but : aider les entreprises à changer les habitudes de leurs salariés sur des sujets liés au climat.

Alors, forcément, travailler sur le changement, c’est au coeur de nos discussions.

(En vrai, c’est aussi parce que ca nous passionne, mais c’est un autre sujet.😜)

Durant cette discussion, Aude cherche à me convaincre que tous les petits trajets (<10 km) peuvent être faits en trottinette (électrique), vélo ou à pied. Pour elle, demain, aucun de ces trajets ne sera fait en voiture.

Machinalement, j’ai réagi.

Oui, mais moi, c’est pas possible d’aller faire les courses avec mon vélo ou à pied. J’ai des enfants et c’est lourd. Je dois y aller en voiture.

Avez-vous noté le « Oui, mais » ?

Sur le moment, moi, non. Mais ce qui est génial quand on discute à deux, c’est que justement l’autre voit ce qu’on ne voit pas.

Elle m’a arrêtée en me disant “C’est drôle : tu dis “oui, mais” alors que je ne parle pas de toi. Tu as besoin de justifier ton choix actuel ?

Et là, j’ai pris conscience que ce “oui, mais”, c’était juste une manière effectivement de protéger ma croyance que je ne peux faire mes courses QUE avec une voiture. Que je n’ai pas d’autre choix.🛒🚗

« Tu ne pourras évoluer à moins d’essayer d’accomplir quelque chose au-delà de ce que tu as déjà réalisé » 

Ralph Waldo Emerson

Nos convictions nous empêchent de voir toutes les solutions

Or, il existe des “vélos cargos” qui aident à transporter les courses (on en voit de plus en plus).

Je pourrais aussi choisir d’accrocher une cariole à mon vélo. Et prendre un vélo électrique.

Je pourrais aussi choisir de scinder mes courses en plusieurs petites courses et ne pas y aller en une seule fois. Ca ferait moins à porter chaque fois.

Bref, si je laisse exprimer ma créativité, il existe DES TAS de solutions

sauf que… je n’en voyais qu’une.

Ou du moins, et c’est sans doute ce qu’exprimais le “oui, mais”, je n’avais pas envie de questionner mes croyances.

Parce que, ce qui est intéressant dans cette expression, c’est qu’on dit à la fois “oui”, et “non”.

Donc, on reconnait – même inconsciemment – que ce que nous dit notre interlocuteur est possible.

Et, dans le même temps, on voit toutes les contraintes qui rendent cela impossible.

Faire des choix éclairés

On dit « oui, mais » parce que, inconsciemment, on pense que si on sait qu’on peut faire autrement, on DOIT faire autrement.

Je ne crois pas que ce soit le cas.

Savoir que j’ai plein d’autres choix ne m’oblige pas à changer.

Il faut être mentalement et physiquement prêt à changer.

Ca peut prendre du temps.

Et c’est OK !✅

Je peux toujours choisir d’aller faire les courses en voiture pour plein de très bonnes raisons :

  • parce que je n’ai pas encore testé
  • parce que je n’ai pas de vélo cargo
  • parce que je n’ai pas de vélo électrique.

Sauf que désormais c’est un CHOIX éclairé.

Peut-être, un jour, je changerai (oui, oui, parce que, notre cerveau, quand il a des solutions en tête, il continue à gamberger tout seul, et un jour, vous vous sentez prêt, et vous ne savez pas pourquoi. C’est parce que le cerveau vous a préparé.🧠)

Dire “oui, mais”, est un signal à écouter

Mon enseignement ici est que lorsqu’on dit “oui, mais,” on se trouve à un embranchement entre sa « zone de confort », et l’”aventure”.

A la fois on accepte – inconsciemment – qu’il y a quelque chose de juste dans ce que nous dit l’autre. Et en même temps on ne l’accepte pas.

Dire “oui, mais” signifie en fait qu’on se trouve à un embranchement entre

  • quelque chose d’inconnu et qui nous semble risqué (ce que nous dit l’autre)
  • et notre zone de confort (tout les arguments qu’on voit pour ne pas accepter ce que dit l’autre).

C’est un embranchement simplement intellectuel, dans mes croyances :

quand Aude me parle d’aller faire les courses en vélo, elle ne m’oblige à rien. Ici, je me pose juste la question : dois-je croire que c’est possible d’y aller en vélo ou ne dois-je pas le croire ?

Mais c’est un embranchement quand même.

Parce que la simple pensée que c’est possible crée une brèche dans mon système de valeurs.

Et m’ouvre un nouveau monde de possibles.

💡 Je trouve hyper intéressante cette idée de considérer les « oui, mais » comme une espèce d’alerte interne. L’alerte « nouveauté » : si je l’écoute, quelque chose de différent peut se passer. Si je reste en mode “automatique”, je ferme la porte et n’explore pas une nouvelle aventure.

Alors que puis-je faire quand je dis “oui, mais” ?

Maintenant que j’ai identifié que c’était un signal à écouter, qu’il y avait quelque chose à creuser, je me suis demandée comment je pouvais l’utiliser pour réagir différemment. Et voici ce que j’ai imaginé :

1/ Déjà, me rendre compte que je le dis ou que je l’ai dit. Lorsqu’on l’a repéré une fois, ça devient plus facile. L’objectif, c’est même d’arriver à le repérer AVANT qu’on le dise…

2/ Ensuite, une fois que j’en suis consciente, essayer de comprendre ce qui se cache derrière le “mais” : y a-t-il une peur, un blocage ?

3/ Je ne vais pas hésiter à demander de l’aide à ceux qui m’entourent : qu’ils m’alertent (avec bienveillance, bien sûr) quand je dis « oui, mais ». Parce que, quand même, c’est plus facile avec l’aide des autres !

4/ Une fois que je sais détecter les « Oui, mais » avant de les prononcer, dire “oui” puis m’arrêter. Ne pas enchaîner avec “Mais.” L’objectif est d’arrêter de penser à mon idée et de me focaliser sur ce que dit l’autre.

J’ai beaucoup lu qu’il fallait remplacer “oui mais” par “oui ET”.

Pour ma part, je ne suis pas convaincue. J’ai essayé, et j’ai l’impression de faire la même chose, en plus “faux-cul”.

Je préfère donc prendre le temps d’essayer de comprendre l’idée de mon interlocuteur.

Donc dire “oui” (puisque j’allais le dire”, puis ne rien dire et réfléchir et comprendre pourquoi j’ai envie de dire “oui”.

Ou poser une question pour mieux comprendre.

Ensuite, je peux essayer d’exprimer mon émotion, ce qui me gêne.

Si je reprends l’exemple du vélo pour aller faire les courses, j’aurais pu dire. “Oui. Tu le fais, toi ?” Et j’aurais pu rajouter :”Je ne me sens pas de faire les courses à vélo.”

5/ M’entraîner à dire (et penser) “pour le moment”. Parce que si il y a bien quelque chose que j’ai appris ces derniers temps, c’est que rien n’est vraiment définitif. Mes convictions sont faites pour être remises en question..

Ainsi, au lieu de dire “Aller faire les courses à vélo, oui, mais je ne peux pas parce que j’ai trop de courses a porter et ca monte beaucoup chez moi.” Je vais plutôt dire “Pour le moment, je ne me sens pas prête”.

Que faire quand on entend “oui, mais” chez quelqu’un d’autre ?

C’est désagréable d’entendre quelqu’un qui nous dit “oui, mais” à chaque idée émise.

Comme ce monsieur Chanteau dans cet extrait du film “oui, mais”.

Dans ce cas, 2 possibilités :

  • soit, faire comme Aude l’a fait pour moi, et poser la question : “Tu me dis : “oui, mais”. Qu’est-ce qui te gêne ?”
  • Ou laisser tomber. Parce qu’en vrai, ca ne sert à rien de vouloir changer les autres : le changement vient de l’intérieur. la seule chose qu’on puisse faire, c’est témoigner de sa propre expérience pour donner envie. C’est tout.

« Le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur» 

Tom Peters

PS : Et vous savez quoi ? C’est pas moi qui fait les courses à la maison, en ce moment. C’est mon mari… 🤪

À propos Valérie

Je m’appelle Valérie, je suis mariée, mère de 3 enfants, et entrepreneure. J’ai co-fondé WeNow, une start-up qui vise à réduire l’impact des déplacements en voiture sur la planète. Pour en savoir plus sur cette aventure : wwww.wenow.com Multi-passionnée, je m’intéresse en particulier à la pédagogie, au développement personnel et à tout ce qui touche aux sciences comportementales ou aux travaux sur le cerveau. Fin novembre 2018, j’ai suivi le forum « Wake up, ou comment arrêter de vivre sa vie à moitié endormie ». J’ai décidé que je voulais vivre une année extraordinaire. Pour cela, je pose des actes à la hauteur de mes ambitions, pour être « le changement que je veux voir dans le monde » comme le suggérait Gandhi.

2 comments on “Dire « oui, mais » révèle notre peur de changer

  1. Article vraiment super intéressant qui amène à remettre en question des réflexes bien ancrés, merci pour le partage, témoigner de son expérience pour mieux inspirer, j’adore

    Aimé par 1 personne

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